Pourquoi j’ai choisi d’accoucher à domicile

Je suis déjà l’heureuse maman d’un beau petit garçon à qui j’ai donné naissance il y a 2 ans de la manière la plus « classique » qu’il soit. Par voie basse, allongée sur un lit d’hôpital, sous péridurale. Bébé sorti à l’aide de forceps, lumière aveuglante braquée sur lui et mon entrejambe sous les yeux d’une dizaine de personnes.

Tout avait bien commencé. Grossesse tranquille et sereine, aucun problème à déplorer. Le terme approche et je suis prise de « faux travail » pendant 2 longues semaines.  De nombreuses contractions douloureuses qui n’aboutissent à rien. Mon col reste fermé.

Mardi 3 janvier 2017, consultation avec une des doctoresses qui suivent ma grossesse. Je suis à 40sa+1. Col court mais fermé de chez fermé. Je suis fatiguée de toutes ces contractions qui m’empêchent de dormir. Le médecin appelle le CHU où je dois accoucher et programme pour le lundi suivant un déclenchement. Elle m’explique qu’il y a des risques à poursuivre une grossesse au delà de 41 semaines d’aménorrhées.

Mercredi soir, je suis à bout et je craque. Il faut que tu sortes bébé!! A 2h du matin, je me lève, prise d’une irrépressible envie de pipi. Oh tiens, petite fuite urinaire avant de pouvoir arriver aux toilettes. Trois fois rien, c’est normal avec tout ce poids qui appuie sur le périnée.

Je me recouche. Puis 1h après, je suis réveillée par une contraction douloureuse. Ouais bah une de plus qui ne sert à rien! Allez rendors-toi. 30 minutes plus tard, rebelote. Et ce rythme là perdure jusqu’au petit matin. A 7h, je réveille Papa Trouille, j’ai des contractions toutes les 10 minutes. Ouais bon, on s’affole pas, ça fait 2 semaines que c’est comme ça. J’appelle quand même la maternité, on ne sait jamais. L’infirmière que j’ai au téléphone (pas de sage-femmes dans les hôpitaux au Québec), me demande si j’ai perdu les eaux. « Euh non je crois pas, mais j’ai eu une petite fuite d’urines cette nuit ». Elle pense plutôt à une perte de liquide amniotique. Il faut se rendre à la maternité.

Serait-ce le grand jour? Sur le trajet, j’ai des contractions toutes les 5 minutes. Elles sont fortes mais avec de grandes respirations, c’est largement supportable.

Une fois dans la salle d’orientation/triage, on m’installe. Tous les brancards sont occupés par des mamans qui pour la plupart sont comme moi, prêtes à pondre! Je devine sur les visages, la douleur des contractions. Une infirmière m’installe le monitoring. On discute de mon projet de naissance. Je veux un accouchement le plus naturel possible. Pas de péri, position d’accouchement que je désire, intimité préservée au maximum, blablabla.

Bébé va super bien d’après le monito, et les contractions sont de bonne intensité. Sauf que du moment où on a mis les pieds dans cette salle, elles se sont espacées les vilaines… Encore une fausse alerte. J’ai envie de pleurer. L’interne d’obstétrique m’explique qu’il va examiner mon col et faire un test afin de déterminer si il s’agit bien de liquide amniotique que j’ai perdu cette nuit. Oui mais ça change quoi? De toute façon je n’ai même plus de contractions, je vais rentrer à la maison bredouille encore une fois.

Et bien non, on ne me laisse pas rentrer à la maison. On me garde hospitalisée. Il est 11h. C’est bien du liquide amniotique que j’ai perdu. On m’explique qu’on va me déclencher parce que le risque infectieux est trop important si bébé ne sort pas aujourd’hui. (En passant, le dépistage du streptocoque B s’est révélé négatif)

Les contractions redeviennent régulières vers 13h. Toutes les 10 minutes. Elles sont de plus en plus fortes. Avec les respirations, ça va, je gère. J’engloutis même un plateau repas en entier.

A 14h, on réexamine mon col (encore!). Je suis dilatée à 1. On me perfuse avec de l’ocytocine. Mais pourquoi? les contractions sont revenues! L’infirmière me dit qu’il faut que ça se fasse rapidement maintenant, sinon bébé risque l’infection…

Dès le début de la perfusion, les contractions deviennent extrêmement douloureuses. L’infirmière augmente régulièrement le débit. Si bien qu’une heure après, les contractions sont là toutes les 1,5 minutes. Je n’ai aucun répit entre. A 16h c’est l’heure de la relève, j’entends à peine les personnes discuter dans la chambre. Je suis dans un autre monde. La douleur prend le dessus et Papa Trouille n’arrive plus à me soulager. Je lui broie les mains à chaque vague et étouffe des cris dans un oreiller. Je n’arrive pas à marcher, le ballon d’exercice et même un bain chaud ne m’apaisent même pas un tout petit peu. Vers 17h, c’est le grand splash dans le lit. Je perds les eaux pour de bon. Oui, mais le liquide amniotique est teinté. Autrement dit, bébé souffre et a émis des selles… Nouveau monito, ça va, pour le moment bébé a l’air de bien aller. Mais bon, ce liquide teinté ça fait peur à l’infirmière et elle augmente à nouveau le débit d’ocytocine. Ben oui faut accélérer le mouvement hein. Je ne suis dilatée qu’à 2 doigts… La douleur est atroce car désormais elle ne me quitte plus. Il n’y a pas une seconde de répit. Une contraction laisse place à une autre, encore et encore. Papa Trouille se demande si c’est normal que les contractions soient si rapprochées mais que rien ne progresse.

6h de contractions continues plus tard, je demande la péridurale. 6h de douleur insupportable sans une seconde de répit, c’est trop. Je vais mourir si on ne me soulage pas.

Une fois posée, waoouh je revis! Mais très vite, le rythme cardiaque de bébé fait des siennes. Il diminue dangereusement à distances des contractions. Je lis l’inquiétude de l’infirmière sur son visage. Elle téléphone au médecin de garde. Je suis aussi infirmière alors quand elle emploie des termes techniques pour expliquer la situation, je saisis la gravité du truc…

Le débit de la perfusion d’ocytocine est encore augmenté. On est désormais au débit max. Il faut absolument que bébé sorte. Ouf, à 00h je suis enfin à dilatation complète. On m’installe pour pousser. Je ne sens strictement rien. Pas même la main de Papa Trouille sur ma jambe. Et je pousse, je pousse, je pousse. Pendant 1h30!! Je suis épuisée. Comme je suis allongée, ben je ne bénéficie pas de l’effet de gravité. Bébé descend bien trop doucement. Bon là bébé va vraiment mal, son rythme cardiaque reste trop longtemps trop bas. C’est le branle-bas de combat dans la chambre. L’équipe d’obstétrique débarque au complet. (Tiens, j’avais pas demandé à ce qu’il n’y est que le médecin?). Il y a maintenant une dizaine de personnes dans la chambre. On braque un spot sur mon entrejambe et on me demande de pousser une énième fois. Je ne sens pas mon petit qui progresse dans le bassin tellement la péri est dosée. Puis le médecin m’annonce « soit on aide ton petit à sortir, soit on file au bloc pour une césarienne ». Tout mais pas ça… Allons y pour les instruments…  Je vois les forceps qui tirent, tirent tirent sur la tête de bébé en même temps que je pousse une dernière fois. Je m’accroche aux barres du lit pour ne pas être entraînée en même temps que bébé. C’est incroyable cette force avec laquelle on tire pour extraire mon petit.

ça y est, mon petit loup est là. Il est 1h35. Je le prends sur moi. Il ne pleure même pas. Il est sonné.

épuisée mais heureuse. Notre petit garçon est magnifique. Il va mieux et 5 min après sa venue au monde, il prend sa première tétée. Après la délivrance du placenta, je vois la gynécologue et son interne s’affairer entre mes jambes. Je m’en fiche, je n’ y prête pas attention. Je suis bien trop occupée à observer mon magnifique bébé. Et puis je ne sens toujours rien.

Cette nuit là, alors que je viens d’accoucher après quasi 24h de douleurs, l’équipe soignante viendra toutes les heures nous surveiller moi et bébé. On interrompt systématiquement notre sommeil à tous les 3. Je n’en peux plus! J’ai envie de les envoyer balader!!!

Le lendemain matin, les effets de la péri ne sont plus là. J’ai horriblement mal aux fesses et à l’intérieur de la cuisse droite. Aucune position n’est confortable. Lors de la visite de l’interne de garde, je demande si c’est normal. Elle me dit « oui et puis c’est aussi dû à l’épisiotomie. On vous a ouvert du vagin jusqu’à l’anus » Quoi?? J’ai eu une épisio?? Mais quand? Pourquoi? Je l’avais écris dans mon projet de naissance putain! PAS d’EPISIO!!!

Pour celles et ceux qui ne savent pas. L’épisiotomie, c’est une incision du périnée. Donc contrairement à une déchirure naturelle qui en général ne concerne que les plans superficiels (la peau seulement), l’épisio est une coupure profonde. Très profonde. On sectionne aussi le muscle.

On m’oblige à réveiller bébé car il dort la nuit suivante!! « ça fait 3h qu’il dort, faut le faire téter Madame » Et 20 minutes minimum hein? » C’est pas à la demande l’allaitement normalement? (surtout que bébé a un bon poids et n’a perdu que 5% de son poids de naissance) « Bon allez on va peser votre bébé » « C’est nécessaire? Non parce qu’il est 3h du matin et que je viens juste de l’habiller après le changement de couche »

Plus tard cette journée là (la dernière), on m’examine à nouveau et bébé pleure, il a fait dans sa couche. L’infirmière demande à Papa Trouille de s’occuper de le changer. « je ne l’ai jamais fait, on peut me montrer? » Elle l’envoie balader!!! « Et bien vous allez apprendre tout seul, allez hop »

On reçoit de la visite. Nos amis les plus proches et ma belle-soeur (qui a fait le déplacement depuis la France) sont là. Je suis ravie! ça ne m’empêche aucunement d’allaiter bébé. Pourtant l’infirmière les chasse au bout de 20 minutes. « Concentrez-vous sur votre bébé Madame »

Nous rentrons enfin tous les 3 à la maison. Le bonheur!! Enfin libres d’être les parents qu’on veut. Enfin libres de pouvoir dormir au moins 2h d’affilée sans être réveillés par des lampes torches, le bruit des scopes, et des « c’était quand la dernière tétée? »

2 ans se sont écoulés depuis la naissance de notre fils. Et j’ai eu le temps d’y réfléchir.

C’était tout sauf naturel. Tout sauf intimiste. Tout sauf respectueux de la physiologie de l’accouchement, tout sauf respectueux du corps de la femme. Tout sauf valorisant pour les jeunes parents que nous étions devenus alors.

C’était violent. J’en garde des séquelles (la cicatrice de l’épisio me le rappelle tous les jours) et mon bébé aussi en a souffert. Le fait d’être sorti à l’aide de forceps a provoqué chez lui une subluxation des cervicales hautes, appelé aussi Syndrome de KISS. (si vous voulez en savoir plus, lire mon article KISS Baby KISS)

Je reste persuadée, que si on ne m’avait pas déclenchée, les choses se seraient déroulées autrement.

Je suis à présent enceinte de notre deuxième petit garçon. Que je vais mettre au monde en France. Lorsque j’ai appris ma grossesse, je me suis tournée naturellement vers la gynécologue qui me suivait il y a quelques années avant d’émigrer au Canada.

Très vite, je trouve ses consultations froides et impersonnelles. A aucun moment, elle n’a écouté mes désirs en matière d’accouchement. En 5 minutes , une consultation est pliée. ça manque de chaleur humaine tout ça. De l’abattage de patients. J’ai comme l’impression que si je poursuis ma grossesse dans ce sens, ça va se terminer de la même manière que pour mon premier accouchement. Clouée sur un lit d’hôpital, branchée/monitorée, perf d’ocytocine et compagnie. Je n’ai clairement pas envie de revivre ça!

Je pense alors aux maisons de naissance. Accouchement physiologique géré par des sages-femmes, lieu intimiste et moins protocolaire. Les salles sont équipées de baignoires, ballons, écharpes et lianes, etc. Et puis on sort vite de là une fois bébé né, on y est généralement pro-allaitement. Bref ça me plait!! Sauf que, sauf que, sauf que, la maison de naissance la plus proche de chez nous est à presque 3h de route… Impossible. Ma petite bulle éclate. Je suis ultra déçue. Je n’aurai jamais l’accouchement que je désire.

A un moment, une image me traverse l’esprit. Je me vois en train de donner naissance chez moi. Ben oui, la voilà la solution!!! C’est encore mieux en fait!!! Aussitôt je me renseigne sur les sages-femmes qui pratiquent les accouchements à domicile. Purée, ils ne sont qu’une soixantaine de praticiens pour toute la France! Aïe Aïe Aïe… J’ai beaucoup de chance, elles sont deux tout près de chez nous. J’obtiens vite un rendez-vous. Je suis séduite immédiatement! La « consultation » dure plus d’une heure, on est assises à la même table comme deux amies qui prendraient un café ensemble, pas de barrières, pas de chichis, pas de blouse blanche. On discute de mon premier accouchement, de mes souhaits, du jour J. Je sors de là rassurée et enchantée.

Et Papa Trouille dans tout ça? Je crois qu’il a été autant traumatisé que moi par mon premier accouchement. Alors quand je lui en parle, il est conquis assez vite par l’idée.

Je suis décidée, j’accoucherai à la maison!

Je commence à en parler autour de moi. Et j’ai toutes sortes de réactions. De très positives bien sûr « Wahouu mais c’est génial » et des un peu moins positives « C’est pas pour les hippies ça? » (Vive les préjugés hein). Bon et il faut le dire des carrément négatives et alarmistes « Non mais sérieusement, c’est dangereux! Et s’il t’arrive quelque chose hein? Et le bébé tu y penses au bébé? Et puis je comprends pas, t’aimes avoir mal ou quoi? »

Alors soyons clairs, il ne me viendrait jamais à l’idée de faire quelque chose qui puisse porter atteinte à la vie de mon enfant ou à la mienne. Je suis une adulte responsable, qui bosse qui plus est dans le domaine médical. Je suis très au courant des risques liés à l’accouchement. Ils sont exactement les mêmes quel que soit le lieu où on va donner la vie. Par contre les complications non.

Contrairement aux idées reçues, il y a statistiquement moins de complications lors d’un accouchement à domicile versus lors d’un accouchement en structure hospitalière. (Je n’invente rien, vous pouvez consulter certaines études sérieuses en ligne) En même temps, c’est logique! Vous accouchez dans un lieu que vous connaissez bien, avec vos repères, uniquement en présence de personnes qui vous sont chères et que VOUS avez choisies. Vous êtes libres de bouger comme vous le désirez, bébé bénéficie de la gravité et des mouvements pour se frayer un passage plus facilement et plus rapidement vers la sortie. Le travail est plus rapide. Vous êtes dans votre bulle, dans la pénombre et la chaleur de votre foyer. Vous pouvez même donner naissance dans l’eau. C’est vous qui décidez! Pas d’interventions et de touchers vaginaux répétés qui ne font qu’augmenter stress, douleur et risque infectieux.  Bref on laisse la nature faire son travail (et elle le fait très bien!). La/le sage-femme s’assure que tout se déroule correctement. En cas de pépin, tout le matériel nécessaire est sur place et les transferts vers l’hôpital le plus proche sont faits au moindre problème qui menacerait le pronostic vital de maman ou bébé.

Je respecte à 100% le désir des futures mamans (et papas) de vouloir donner la vie dans une maternité. Chacune son corps, chacune son choix. Je déplore simplement la désinformation délibérée concernant l’accouchement. On est arrivé à nous faire croire que nous ne sommes plus capables de donner la vie autrement qu’en présence de blouses blanches et sous monitoring. C’est notre corps, notre vie et personne ne devrait décider à notre place.

Voilà pourquoi j’ai décidé d’accoucher à domicile.

Et vous, c’est pour quand?

 

 

 

 

 

 

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